Ecriture créative: et l’exigence littéraire?

La question de l’exigence littéraire revient souvent dans la bouche des gens avec qui je parle de ce blog. Et je les comprends: elle est importante.

Une tradition littéraire marquée par l’exigence

En effet, la tradition littéraire francophone est profondément marquée par cette idée que si on veut faire de la littérature, on doit le faire de manière très sérieuse.

Cette idée de l’exigence de l’écriture littéraire et du métier d’écrivain-e est partout. Elle remonte historiquement à la tradition académicienne du 17e siècle en France – amorcée au 16e siècle déjà par les écrivains de La Pléiade – , qui a centralisé et régulé très tôt les codes de la langue, souhaitant ainsi, entre autres, donner du prestige à sa littérature.

Bien plus, il y a l’idée, constante, de « perfectionnement de la langue » qui est au cœur des préoccupations.

Des écrivains qui souffrent pour créer

Sans parler ici de ce que cela implique pour les littératures « satellitaires », par exemple celle de Suisse romande (francophone), où je vis, ou encore les genres considérés comme mineurs comme la science-fiction, concentrons-nous sur ce qu’elle implique pour les écrivain-e-s et les artistes. 

Quiconque, de langue française, s’attaque sérieusement au domaine littéraire, ne peut le faire n’importe comment. Sur ses épaules pèse en effet le poids de siècles de tentatives d’illustration de la langue.

Bien plus, nous avons hérité d’une tradition de grand-e-s écrivain-e-s qui y sont parvenus au prix d’efforts lourds et, parfois, fatals. Balzac buvait une soixantaine de cafés par jour (!) pour stimuler sa productivité et bâtir sa gigantesque Comédie humaine. Flaubert, quant à lui, a mis quatre ans à polir (à gueuler) chacune des phrases de Madame Bovary. Françoise Sagan, quant à elle, a peut-être été reconnue très jeune, mais elle a brûlé la chandelle par les deux bouts, dit-on.

Et les écrivains maudits? Que dire de tous ceux qui y ont laissé leur santé mentale? Baudelaire, Maupassant, Nerval?

Ainsi donc, il y a l’idée qu’on ne s’attaque pas n’importe comment à la littérature, et qu’il faut, si possible, en souffrir. Cela, je l’ai déjà dit: si on veut de la qualité, on travaille dur et dans la douleur.

Sauf que non. Je ne suis pas d’accord avec tout cela. Je pense qu’il faut changer notre manière de penser, et pour le bien de l’art. 

La liberté de la création avant tout

Parce que le point commun aux grand-e-s écrivain-e-s est en réalité  tout autre: les grand-e-s artistes sont celles et ceux qui ont compris qu’ils étaient libres. Qui sont sorti-e-s des sentiers battus. 

Et partant, libres de réinventer, comme ils le voulaient, les codes, les voix, le contenu de ce qu’ils avaient à dire.

Et pour cela, il faut revenir à soi et partir de soi, sans peur.

La qualité vient donc de l’individu-e libéré-e de sa peur de mal faire, de faire faux.

Or, si vous partez dans un projet littéraire avec la hantise de « l’exigence littéraire », vous cherchez à faire quelque chose au lieu d’être vrai-e. Vous muselez votre voix, et c’est dommage.

Car le monde a beaucoup à gagner à l’entendre, telle qu’elle est. Et ne vous inquiétez pas pour l’orthographe ou la taille de vos phrases: la correction de votre manuscrit viendra bien assez tôt.

Ecrire, c’est avant tout poser un regard unique sur le monde, le redéfinir pour pouvoir le donner aux autres. C’est ce que tous les grand-e-s écrivain-e-s ont fait.

 

 

 

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