Être vrai

Être vrai-e dans son écriture, est un conseil que j’ai parfois lu et entendu. Brenda Ueland, dans son magnifique livre sur l’art d’écrire If You Want to Write (Kore Press, 1938), parle de cela. Elle y défend cette idée principale: chacun-e a une voix unique. Il n’y a pas deux écrivain-e-s semblables et tout le monde a quelque chose d’intéressant à dire.

Ecrire bien et écrire mal

Mais ce qui distingue les bon-ne-s écrivain-e-s des mauvais-e-s est la simplicité d’un ton qui sonne vrai.

C’est une manière de voir qui peut sembler étrange au premier abord. En effet, on préfère généralement mettre en avant le travail sur le style ou la langue. On parle plus rarement d’authenticité pour évaluer la qualité d’un texte.

Alors, dire la vérité quand on écrit, ça veut dire quoi?

le cas de la fiction

Que signifie « être vrai-e » quand on écrit, surtout de la fiction? On peut en effet se demander comment dire la vérité quand on écrit de la fiction. Car la fiction justement, ce n’est pas la vérité.

Et même si un récit se veut réaliste, on est quand même dans un monde imaginaire, inventé par un-e écrivain-e. Doit-il ne faire référence qu’à sa propre expérience? Cela contredirait alors ce que l’on attend de lui: imaginer, justement.

Un conseil stylistique

En fait, il s’agit d’un conseil stylistique: cela permet d’éviter l’écueil des clichés et autres stéréotypes d’écriture. Car « dire la vérité », c’est simplement ne rien dire que l’on n’ait, d’une manière ou d’une autre, vu ou ressenti. Même si on le transpose dans la fiction.

L’observation comme qualité de l’écrivain-e

De ce fait, une des grandes qualités de toute personne qui écrit est nécessairement l’observation. C’est une aptitude qui se développe et qui se travaille. J’ajouterais qu’elle vient assez naturellement à toute personne qui se plonge dans l’écriture d’un récit. Ainsi, comme le disait Virginia Woolf dans son essai L’écrivain et la vie (Payot & Rivages, 2008),

Un goût, un son, un mouvement, quelques mots par-ci, un geste par-là, un homme qui entre, une femme qui sort, et même l’automobile qui passe dans la rue ou le mendiant qui avance d’un pas traînant sur le trottoir, tous les rouges et les bleus, les lumières et les ombres de la scène réclament son attention et attisent sa curiosité. (p. 111)

Dans le monde réel, celui de tous les jours, l’écrivain-e fait attention à tout, regarde, écoute et ressent.

Rester proche de ses émotions

Ainsi, quand on parle de quelqu’un qui n’est pas soi, qu’on met en scène un personnage, il faut toujours resté connecté à soi, à ce que l’on voit et l’on ressent.

Il faut aussi tout remettre en question. Se demander, avant tout, si ce qu’on dit est relié, d’une manière ou d’une autre à soi, ou si on se sert simplement d’un artifice d’écrivain-e. Auquel cas mieux vaut l’abandonner.

comment Faire apparaître votre voix

Tel est le chemin que se fera votre propre voix qui révélera votre authenticité, votre personnalité unique. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, dit Brenda Ueland: derrière un texte, il y a avant tout une personne, qui se révèle par ce biais.

Elle conseille donc d’écrire tout récit, fictif ou non, comme si on le racontait à quelqu’un. Un texte écrit de cette manière, dit-elle en substance, est forcément prenant, intellectuellement et émotionnellement. Mais il faut accepter de suivre la voie de la simplicité plutôt que celle, séduisante, de l’artifice. 

Alors, même si cela vous paraît simpliste, essayez.

 

2 réponses sur “Être vrai”

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