Être vrai

Être vrai-e dans son écriture, est un conseil que j’ai parfois lu et entendu. Brenda Ueland, dans son magnifique livre sur l’art d’écrire If You Want to Write (Kore Press, 1938), parle de cela. Elle y défend cette idée principale: chacun-e a une voix unique. Il n’y a pas deux écrivain-e-s semblables et tout le monde a quelque chose d’intéressant à dire.

Ecrire bien et écrire mal

Mais ce qui distingue les bon-ne-s écrivain-e-s des mauvais-e-s est la simplicité d’un ton qui sonne vrai.

C’est une manière de voir qui peut sembler étrange au premier abord. En effet, on préfère généralement mettre en avant le travail sur le style ou la langue. On parle plus rarement d’authenticité pour évaluer la qualité d’un texte.

Alors, dire la vérité quand on écrit, ça veut dire quoi?

le cas de la fiction

Que signifie « être vrai-e » quand on écrit, surtout de la fiction? On peut en effet se demander comment dire la vérité quand on écrit de la fiction. Car la fiction justement, ce n’est pas la vérité.

Et même si un récit se veut réaliste, on est quand même dans un monde imaginaire, inventé par un-e écrivain-e. Doit-il ne faire référence qu’à sa propre expérience? Cela contredirait alors ce que l’on attend de lui: imaginer, justement. Continuer la lecture de « Être vrai »

Ecriture créative: et l’exigence littéraire?

La question de l’exigence littéraire revient souvent dans la bouche des gens avec qui je parle de ce blog. Et je les comprends: elle est importante.

Une tradition littéraire marquée par l’exigence

En effet, la tradition littéraire francophone est profondément marquée par cette idée que si on veut faire de la littérature, on doit le faire de manière très sérieuse.

Cette idée de l’exigence de l’écriture littéraire et du métier d’écrivain-e est partout. Elle remonte historiquement à la tradition académicienne du 17e siècle en France – amorcée au 16e siècle déjà par les écrivains de La Pléiade – , qui a centralisé et régulé très tôt les codes de la langue, souhaitant ainsi, entre autres, donner du prestige à sa littérature.

Bien plus, il y a l’idée, constante, de « perfectionnement de la langue » qui est au cœur des préoccupations.

Des écrivains qui souffrent pour créer

Sans parler ici de ce que cela implique pour les littératures « satellitaires », par exemple celle de Suisse romande (francophone), où je vis, ou encore les genres considérés comme mineurs comme la science-fiction, concentrons-nous sur ce qu’elle implique pour les écrivain-e-s et les artistes. 

Quiconque, de langue française, s’attaque sérieusement au domaine littéraire, ne peut le faire n’importe comment. Sur ses épaules pèse en effet le poids de siècles de tentatives d’illustration de la langue.

Bien plus, nous avons hérité d’une tradition de grand-e-s écrivain-e-s qui y sont parvenus au prix d’efforts lourds et, parfois, fatals. Balzac buvait une soixantaine de cafés par jour (!) pour stimuler sa productivité et bâtir sa gigantesque Comédie humaine. Flaubert, quant à lui, a mis quatre ans à polir (à gueuler) chacune des phrases de Madame Bovary. Françoise Sagan, quant à elle, a peut-être été reconnue très jeune, mais elle a brûlé la chandelle par les deux bouts, dit-on.

Et les écrivains maudits? Que dire de tous ceux qui y ont laissé leur santé mentale? Baudelaire, Maupassant, Nerval?

Ainsi donc, il y a l’idée qu’on ne s’attaque pas n’importe comment à la littérature, et qu’il faut, si possible, en souffrir. Cela, je l’ai déjà dit: si on veut de la qualité, on travaille dur et dans la douleur.

Sauf que non. Je ne suis pas d’accord avec tout cela. Je pense qu’il faut changer notre manière de penser, et pour le bien de l’art.  Continuer la lecture de « Ecriture créative: et l’exigence littéraire? »

De l’importance de ne pas s’auto-éditer immédiatement

Qu’est-ce que j’entends par l’auto-édition ?

Définition de l’auto-édition

J’entends par-là l’action ou la série d’actions qui nous font sans cesse revenir sur un texte en cours d’écriture, lors de sa première rédaction.

Le besoin d’être parfait-e

En effet, lorsqu’ils ou elles sont en cours de concrétisation d’un projet d’écriture (un roman par exemple), bon nombre d’auteur-e-s ont tendance à faire de l’auto-édition. Alors qu’ils écrivent une première version de leur texte, ils reviennent sur l’orthographe, les formules, ou encore son agencement. Ils ou elles jugent ainsi leur œuvre au fur et à mesure de son émergence. Comme si elle devait être parfaite avant même d’être née. 

Vous vous souvenez ? Le perfectionnisme ? A ce stade, plus que jamais, c’est un ennemi de votre créativité. 

Pourquoi il ne faut pas se relire tout de suite

Cette démarche d’auto-édition est importante lors d’une des nombreuse relectures que vous ferez par la suite. Mais, au premier stade de la création, elle peut vous bloquer et ainsi entraver le processus créatif.

De plus, elle ne fera que rendre chaque session d’écriture lourde et pénible.

Bien sûr, les mythologies qui entourent la création artistique depuis des siècles vont dans ce sens. Mais on peut écrire une œuvre littéraire de grande qualité d’une tout autre manière. Continuer la lecture de « De l’importance de ne pas s’auto-éditer immédiatement »

Comment mettre en place un projet artistique grâce à l’écriture

Concrétiser un projet artistique est parfois difficile. On a des rêves, mais on peine, en effet, à mettre en place les actions qui permettent de les réaliser. De la tête à la vraie vie, il y a un monde.

Commencez par écrire

Pourtant, quelques actions simples peuvent vous aider à débloquer la situation et à concrétiser votre projet, quel que soit le domaine de création. Mais avant tout, écrire permettra de clarifier la situation. Munissez-vous d’une feuille et d’un stylo, une plume ou votre clavier, et écrivez:

Spécifiez vos envies

D’abord, écrivez votre envie, sans trop réfléchir et vous censurer, sans restriction. Exemple: « Je souhaite écrire un roman de science-fiction ». Ou: « Je souhaite me remettre à peindre. »

Ecrivez ensuite pourquoi: « Je souhaite écrire un roman de science-fiction car j’adore ce genre littéraire. » Ou: « Je souhaite me remettre à peindre pour pouvoir peindre les magnifiques paysages qu’il y a devant ma fenêtre. » Certains projets seront plus spécifiques: « Je souhaite écrire une nouvelle pour la soumettre à un concours littéraire. »

Cette démarche peut sembler anodine, mais elle vous permet de concrétiser une envie, de lui donner une dimension physique. Elle existe désormais sur le papier.

Imaginez le projet concrétisé

Allez plus loin: imaginez que vous avez terminé votre projet. Comment vous sentez-vous? A quoi ressemble-t-il? Quelles sont les conséquences de tout ce travail? Ecrivez une ou deux pages à ce sujet.

Agissez

Il est temps maintenant de poser quelques actions. Il faut comprendre, ici, que la logique doit être: un jour après l’autre. Continuer la lecture de « Comment mettre en place un projet artistique grâce à l’écriture »

Je n’ai pas d’imagination

Vivre une écriture libérée

L’imagination, peut-on ne pas en avoir? L’affirmation concernant le manque d’imagination, je l’ai en effet entendue des dizaines de fois. Une variante est : « Je n’ai pas assez d’imagination. » Je l’ai cru pendant longtemps me concernant.

Le manque d’imagination

Qu’est-ce qu’on veut dire par là ? Si écrire sur soi, sur ce qu’on ressent ou sur ce qu’on a fait dans la journée, pose moins de problème, c’est quand il s’agit d’écrire de la fiction qu’on se sent dépourvu-e d’imagination. Surtout quand on lit ce qui a été produit dans la littérature  jusqu’à aujourd’hui.

Une croyance limitante

Mais c’est seulement ce qu’on appelle une croyance limitante, souvent dictée par notre sentiment d’insuffisance personnelle (qui vient de loin et dont je reparlerai). Car tout le monde a de l’imagination. Nous avons de l’imagination tout comme nous respirons : ça fait partie intégrante de qui nous sommes. Et nous avons toutes et tous la possibilité de nous y connecter n’importe quand. Mais il faut apprendre comment. Continuer la lecture de « Je n’ai pas d’imagination »

Pourquoi je n’arrive pas à écrire ?

Vivre une écriture libérée

Pourquoi vous n’arrivez pas à écrire? C’est très simple : à cause d’un état d’esprit.

La question est en réalité : Pourquoi je n’arrive pas à concrétiser un projet d’écriture ? Parce qu’écrire, on le fait tous les jours.

Ecrire, un art inaccessible?

Ecrire est une des premières choses que nous apprenons à l’école. C’est d’abord un outil, qui nous permet ensuite d’apprendre d’autres choses.

Bien vite cependant, nous apprenons qu’écrire, c’est aussi un art.

Et c’est là que les choses se corsent.

En effet, on apprend qu’un art, ça se maîtrise. Et celui-ci est complexe : il y a l’orthographe, bien sûr (vaste sujet), mais aussi la façon de dire, et on se mesure très vite à des géant-e-s : les écrivain-e-s. Nous lisons leurs livres, et nous apprenons en quoi elles et ils sont inégalables.

On nous apprend que le génie existe et qu’il n’est pas donné à tout le monde. On nous apprend qu’écrire bien, c’est important : il y a une façon de dire les choses (laquelle ?), mais pas trente-six.

Pourtant, les enfants ont une capacité innée à raconter des histoires.

Pourquoi le blocage créatif?

Alors, pourquoi de tels blocages face à l’écriture ? Continuer la lecture de « Pourquoi je n’arrive pas à écrire ? »